Le coaching équin révèle leurs points faibles aux dirigeants"Un cheval réagit de manière franche et directe"
Source : Information SD WORX du 26/12/07
Il n’est pas question ici de se prêter à un exercice d’équipe ou à un jeu de rôles, mais de mener un cheval à la longe dans une prairie. C’est le coaching équin, équi-coaching ou coaching par le cheval, une forme plutôt étonnante de formation au leadership. "Tel un miroir, le cheval vous confronte très directement à votre style de comportement. S’il ne veut pas vous suivre, il s’arrête tout simplement", indique l’équi-coach Eric Van Poucke, organisateur de la session de clôture du trajet de formation Het pad. Van persoonlijk leiderschap tot contextbouwer de SD WORX.
Évoluer dans un pré, chaussé de bottes en caoutchouc, pour affiner ses capacités de leadership, voilà qui, à coup sûr, n’est pas commun. Les participants de la formation ’Het pad’ s’y sont essayés, et l’expérience leur a laissé une forte impression. Ainsi qu’à votre reporter...
Le cheval n’est pas rancunier
"Un cheval est par nature un animal grégaire", explique Eric Van Poucke. "Pour pouvoir vivre en groupe, il doit communiquer avec les autres membres de la harde. Les chevaux utilisent pour ce faire le langage corporel et les sensations. Un cheval sent dès lors très vite dans quelles dispositions se trouve l’individu qui lui fait face, et cela, qu’il s’agisse d’un animal ou d’un être humain." Le coaching équin tire pleinement parti de cette caractéristique. "Un cheval vit dans le présent. Si vous êtes en colère, il va réagir à ce qu’il perçoit, en se rebellant, en prenant peur ou en vous ignorant. Mais si, une minute plus tard, vous vous montrez amical, il réagira alors lui aussi de façon amicale. Un cheval ne nourrit aucune rancune, à l’inverse de ce que font souvent les êtres humains."
"Un cheval réagit à la manière dont vous l’abordez", précise Eric Van Poucke. "Si vous vous en approchez de manière trop dominante, il se montrera rétif ou, même, s’éloignera. Et si vous n’êtes pas assez assertif, le cheval prendra la main sur vous. En l’espace de quelques minutes, vous devenez ainsi très conscient de votre propre comportement. Et dès que vous avez entamé cette confrontation, vous pouvez expérimenter d’autres styles." Dans le coaching équin, les antécédents disparaissent aussi totalement. Dans la prairie, vous êtes débarrassé du poids qu’un environnement professionnel ou un contexte social peut représenter. Avec les chevaux, vous pouvez expérimenter tous les types de démarche sans risquer d’être regardé de travers par la suite.
Menez-vous le cheval ou est-ce lui qui vous balade ?
Au début de la session, les participants sont quelque peu désorientés. "J’ai peur des chevaux", lâche une des dames présentes. Mais tous, nous nous engageons néanmoins sur la prairie. Nous devons penser à une situation problématique avec un travailleur, que nous voulons résoudre. Quand vous estimez avoir établi le contact avec le cheval, vous pouvez attacher la longe au licol et essayer de le conduire à pied dans la prairie. "Facile", penseront certains. "Que nenni", rétorqueront d’autres. Et de fait, l’opération n’est pas aussi évidente qu’il y paraît. C’est que les chevaux ont leur propre idée sur les endroits où ils veulent aller ou s’arrêter. Les participants plaident, supplient, argumentent, se fâchent... Et les visages s’éclairent lorsqu’enfin le cheval relève la tête et suit docilement le participant dans la direction demandée. Mon cheval, par exemple, fait encore un petit tour dans la prairie avant que je puisse m’en approcher davantage. Et à ma question "Cela compte-t-il aussi ?", Eric répond par une autre interrogation : "Est-ce toi qui conduit le cheval autour de la prairie ou est-ce l’inverse ?". Euh, c’est-à-dire...
Le cheval ne triche pas
"C’est plutôt inattendu comme workshop, mais je suis très enthousiaste", confie Stefan Hosten, senior manager clinical operations chez Cyberonics. "J’ai retrouvé très clairement dans les exercices plusieurs des processus abordés dans la formation. La frustration est énorme quand le cheval ne fait pas ce que vous souhaitez qu’il fasse.
C’est un animal, certes, mais la confrontation n’est pas moins intense que lorsqu’on a affaire à un être humain. La métaphore du cheval est très gratifiante et fonctionne donc très bien. Votre attention est attirée sur un certain nombre de points qui posent problème dans votre approche du leadership et vous pouvez tenter d’y remédier aussitôt en abordant le cheval d’une autre manière. Je conseille vraiment à tout le monde d’essayer."
Eric Van Poucke : "En expérimentant successivement différents types de comportements, vous en trouvez finalement un qui fonctionne. Dans un contexte professionnel, la meilleure approche consiste d’ordinaire à s’attaquer ensemble à un problème, chacun assumant sa propre responsabilité. C’est généralement la meilleure approche. En tant que leader, vous indiquez la direction à suivre, vous êtes très cohérent et vous insistez pour que chacun s’en tienne aux accords. Si cet objectif est atteint, l’équipe est à vos côtés. Le point suivant est très important : vous aurez beau imaginer de bonnes choses, mais si ce que vous ressentez n’est pas au diapason, vous n’obtiendrez pas de bonne réaction. Le cheval n’écoute pas. Pas plus qu’un travailleur, mais la différence, c’est qu’un cheval s’arrête immédiatement. Lorsque vous travaillez avec des chevaux, vous constatez donc instantanément l’impact du type de conduite que vous avez décidé d’adopter. Voilà qui est très différent, dès lors, de ce qui passe avec un collaborateur qui, peut-être, écoute mais qui, en réalité, est insatisfait."
Contact avec le cheval
Encore un exercice. Vous vous approchez lentement du cheval et cherchez à établir le contact avec lui. Vous regarde-t-il, pointe-t-il les oreilles vers vous ? Vous devez alors essayer de maintenir cette attention. Vous avez à l’esprit ce que vous voulez obtenir du cheval (ou d’un travailleur). Sans parler, vous essayez de faire passer ce sentiment à l’animal. Le contact est-il établi ? Vous pouvez alors vous avancer un peu plus près. C’est maintenant au tour du cheval. S’il prend ses distances ou s’il commence à brouter, l’air indifférent, vous avez manqué votre coup. S’il se rapproche, vous bouscule un peu, ou - dans le meilleur des cas - pose la tête sur votre épaule, c’est gagné : le message est bien arrivé à destination.
Au début, ’mon’ cheval semble être très intéressé par ce que j’ai à lui raconter. Je me concentre et essaie de l’attirer vers moi. Il tourne la tête vers moi. Je fais un pas vers lui. Les oreilles bougent. Une légère panique me prend et je me dis : "Surtout, ne t’encours pas !" Et hop ! Le cheval fait un pas de côté et se met à brouter. Eric rit : "Vous y étiez presque ! Qu’est-ce qui n’a pas marché ?" Je lui dis que je dois encore m’exercer. "Encore quelques minutes, et vous y arriverez", me répond-il. Je reste quelque peu interloqué, je pensais en fait à plusieurs jours d’exercices supplémentaires. "Dès que vous relâchez l’attention, ne serait-ce qu’une seconde, vous perdez le contact. Un constat capital en matière de leadership : sans contact avec l’équipe, le message se perd dans l’éther." Je me sens un peu idiot, parce que le rejet du cheval me touche plus que je ne le voudrais. "C’est tout à fait normal", m’assure Eric. "La réaction du cheval interpelle parce qu’elle colle de très près à la réalité. Le lien cheval/travailleur reste toujours très présent. C’est pourquoi vous vous sentez frustré quand le cheval vous ignore. Mais c’est aussi pourquoi la prise de conscience est tellement forte." Je lui demande s’il a souvent affaire à des sceptiques. "Cela arrive quelquefois", me répond-il. "Mais pour parer à leurs arguments, je fais alors référence à une étude scientifique qui a démontré que le coaching équin induit immanquablement un changement de comportement, avec les types de dirigeants les plus divers qui soient."
Une personne sur cinquante seulement reste totalement insensible aux effets du coaching équin. "Et cela, parce que ces personnes refusent de se regarder en face et de voir leur propre comportement, ou parce qu’elles ne veulent pas se dévoiler devant les autres. Ce qui est, bien entendu, une condition sine qua non." Je rentre chez moi avec l’image du cheval fixée sur la rétine : le cheval qui me regarde, semble hésiter à venir vers moi et décide finalement de s’enfuir. "La prochaine fois, je sais que j’y arriverai", me dis-je, avant de passer en revue ce que je changerai alors dans mon approche. Et en pensée, je vois Eric m’encourager d’un hochement de la tête...

